Année : 2013

C’est dans la boîte !

C’est dans la boîte !

Fleur de Sel sur corps-mort en baie de l'Orphelinat

Et voilà, nous sommes retournés dans la routine (ou presque) et nous avons donc moins de temps pour vous donner des nouvelles et moins de nouvelles intéressantes également. Mille excuses à tous ceux qui se désolent de ne pas en recevoir autant qu’auparavant.

Tout d’abord, ce qui devait arriver, arriva : notre petite Fleur de Sel a du quitter sa confortable place de marina le week-end passé. Eh oui, il manquerait quelques centaines de places de marina au moins autour de Nouméa. La logistique pour Nicolas en devient d’autant plus complexe, surtout quand il part au travail, mais il gère. Il a mis les habits de travail dans la voiture pour ne pas devoir les transporter en annexe tous les jours et pour être le plus présentable possible au bureau. De plus, maintenant il faut qu’il économise l’eau, car même si on peut aller au ponton de Port Moselle pour faire le plein au besoin, cela prend du temps. Du coup, avec l’annexe, il bidonne aussi quelques litres d’eau de temps en temps, histoire de tenir le plus longtemps possible. Et enfin, nous devons de nouveau être indépendants au niveau électrique, donc surveiller notre consommation et ce que produisent les panneaux solaires et l’éolienne.

La bonne chose, c’est que les voisins seront un peu moins proches. Entre autres, nous avons déjà eu droit au concert d’harmonica à quatre heures du matin, que nous n’avons pas vraiment apprécié. Il y a aussi eu la visite d’un chat du ponton, qui a débarqué dans le lit en pleine nuit. Et les réveils à six heures du matin les dimanches par le chanteur mal accordé du marché à côté de port Moselle ne nous manqueront pas non plus.

Miss Twinguette

Miss Twinguette

Miss Twinguette 2013 !

Après avoir commencé à travailler, et donc décidé de nous installer, il a fallu entamer de nouvelles recherches. Car il est difficile de vivre à Nouméa sans voiture, même si l’on est situé en centre-ville et que l’on peut aller au bureau à pied. Rien que pour les courses, trouver une voiture fait sens, car d’une part on est vite limités à ce qu’on peut porter, d’autre part, on est également borné aux supermarchés les plus proches, et enfin cela évite d’emprunter la voiture de quelqu’un d’autre lorsqu’on doit faire un plus gros plein. De plus, pour sortir de Nouméa, et même s’il existe quelques liaisons par bus, la plupart des endroits sont inaccessibles sans son propre moyen de transport. Nous avons donc commencé notre recherche…

Place, place !

Place, place !

Deux mois déjà que nous vous avons laissés sans nouvelles ! Fleur de Sel n’a pas beaucoup bougé, puisque nous nous installons progressivement dans un mode de vie plus « commun ». Et pourtant, au milieu des obligations terriennes et des démarches multiples, nous avons cependant réussi à nous éclipser par deux fois avant le week-end passé. Un première fois à l’Ilot Maître fin juin, pour sortir de Nouméa et prendre un peu l’air juste en face. Et puis surtout fin juillet, un petit week-end à l’Ile Bailly.

Atterrissage calédonien

Atterrissage calédonien

Une traversée sans trop d’histoires, un long silence radio, un retour sur le Caillou, mais que se passe-t-il à bord de Fleur de Sel ? Nous vous l’avions laissé entendre à demi-mots, dès lors que nous avions chamboulé notre programme en Nouvelle-Zélande, nous avons quelque peu revu nos objectifs pour ces prochains mois. Plutôt que de reprendre notre voyage à grande vitesse et d’enchaîner les longues navigations, un projet tout autre est venu s’immiscer dans notre voyage…

Convoyage et entretien

Convoyage et entretien

Le soleil est revenu sur Poverty Bay, alors que Fleur de Sel sort du port de Gisborne

Peu de temps après nous être lancés dans le Détroit de Cook, nous franchissons une grande étape. Vraiment peu de temps après, car Fleur de Sel est alors lancée à pleine vitesse, profitant au portant de la trentaine de nœuds qui balaie ce goulet naturel, sur une mer relativement plate car nous sommes quelque peu en eaux abritées, et qui plus est, un à deux nœuds de courant nous portent également vers l’est, si bien que le cocktail en devient supersonique, du moins à l’échelle de notre frêle mais vaillant esquif. Nous parlions cependant d’une grande étape, et ce n’est pas rien : nous terminons notre tour de l’Ile du Sud, puisque nous croisons notre route. C’était trois mois auparavant, et nous sortions de Wellington cap au sud. Tandis qu’après le Cap Palliser, nous ferons maintenant route au nord. Comme à tout oiseau migrateur qui se respecte, les saisons nous sont dictées et il faut respecter leur loi…

Chez Cook, Tasman & Cie

Chez Cook, Tasman & Cie

Motuara Island et le détroit de Cook, vus du Queen Charlotte Track entre Ship Cove et Resolution Bay

Lorsque nous quittons Milford Sound, par un peu moins de 45°S, c’est une longue étape côtière qui nous attend. Elle aurait pu être plus difficile qu’une traversée au large, car il y a potentiellement des pêcheurs, et le vent est influencé par les montagnes, les vagues par le talus continental. Bref, il y a des jours où ce pays est des plus inhospitaliers, d’autant qu’aucun abri ne s’offre à nous avant d’atteindre l’extrémité de l’Ile du Sud, par presque 40°S. Sur la carte, on peut repérer deux ports, Greymouth et Westport, mais ce sont des rivières dont les barres d’entrée peuvent être hasardeuses, surtout lorsque la marée, la houle et la pluie se concertent pour en faire un véritable enfer. On nous a fortement déconseillé de nous y aventurer : même des chalutiers habitués des lieux viennent s’y abîmer régulièrement, et un guide indique avec un humour quelque peu britannique que si le temps est très calme et que nous sommes à l’article de la mort, alors on peut considérer cette éventualité… Non, le seul arrêt aurait pu être à Jackson Bay, une cinquantaine de milles au nord de Milford Sound. Nous avons envisagé fortement de nous y arrêter, pour découvrir – ne serait-ce-que quelques heures – un endroit hors du commun : terminus de la route qui descend la côte ouest, petit port de pêche, avec parait-il un snack qui fait de bons casse-croûtes.

Sous le soleil du Fiordland

Sous le soleil du Fiordland

Lever du jour sur le Mt Pembroke. Après 3 semaines de Fiordland, Fleur de Sel approche du mythique Milford Sound.

Au lever du jour, nous passons déjà les Iles Solander, et c’est bon signe : nous sommes arrivés hors d’atteinte du courant, qui ne nous renverra pas dans le Détroit de Foveaux. Le vent faiblit ensuite, nous abandonnant aux effets de la grande houle, mais cet épisode ne dure pas, et dès la mi-journée le vent reprend. Ainsi, en milieu d’après-midi nous approchons, à pleine vitesse et sous un ciel maintenant limpide, de la fameuse Puysegur Point. Un cap comme il en existe tant d’autres sur la côte du Fiordland, battu sans pitié par les vagues. Seulement celui-ci est surmonté d’un phare et d’une station météo, si bien qu’il est devenu mythique à nos yeux, à force d’entendre les relevés de vent. Trente invariablement, quarante souvent, cinquante parfois, on ne lésine pas sur les nœuds dans ce coin, que l’on imagine encore pire à la mauvaise saison. Alors lorsque Fleur de Sel s’engouffre dans l’étroit passage Otago Retreat, entre la pointe et Coal Island, on est non seulement heureux de regagner l’eau plate après l’épreuve du South West Cape, mais on pousse en plus un ouf de soulagement, après avoir terminé l’étape la moins évidente de notre navigation néo-zélandaise.

Balades et rencontres dans l’extrême sud

Balades et rencontres dans l’extrême sud

Du sommet du Bald Cone, Brett surplombe Port Pegasus

En Nouvelle-Zélande, il n’y a guère plus au sud où nous puissions aller qu’à Port Pegasus, puisque c’est quasiment la baie la plus au sud de Stewart Island (à l’exception d’une ou deux criques très exposées à l’extérieur). C’est du moins ce que nous pensions jusqu’à notre arrivée, car un coup de vent étant prévu pour le lendemain, nous visons sagement Disappointment Cove, qui en dépit de son nom est le mouillage le mieux protégé de la zone. Or, dans l’entrée, nous croisons Polaris II, un bateau de la University of Dunedin, qui se rendait aux Snares pour y faire de multiples missions de recherche, allant de l’océanographie à l’étude des lions de mer en passant par celle des oiseaux. Les Snares sont des îles situées encore 65 milles plus au sud-ouest, et il s’agit apparemment d’un repaire de vie marine incroyable. L’idée d’y faire une visite serait tentante, mais il s’agit d’un endroit très exposé, et dont on ne connait rien concernant d’éventuels mouillages.

Sur la vraie Ile du Sud

Sur la vraie Ile du Sud

Peu de temps après notre arrivée en Nouvelle-Zélande, un couple de Kiwis nous expliquait, en restant à peu près sérieux, que la Nouvelle-Zélande est composée de quatre îles  : l’Ile du Nord et l’Ile du Sud que tout le monde connait, Stewart Island, tout au sud, et encore l’Ile de l’Ouest que certains cartographes appellent aussi l’Australie… Cette boutade est bien révélatrice de la rivalité «  locale  » entre Aussies et Kiwis. Mais elle rappelle aussi qu’il y a d’autres îles dans l’archipel que les deux grandes. Nous avons déjà eu l’occasion d’en visiter bien d’autres, à commencer par Aotea (Great Barrier Island), la quatrième en taille du pays. Et d’autres bien remarquables, comme Ahuahu (Great Mercury Island), Whakaari (White Island), ou Tuhua (Mayor Island). Sans parler des multiples îles de la Bay of Islands justement, ou toutes celles du Hauraki Gulf. Mais ce serait oublier la troisième par la superficie, située tout au sud du pays  : Rakiura, ou Stewart Island. A l’aube de l’histoire de la Nouvelle-Zélande, elle a d’ailleurs porté le nom de South Island, lorsqu’on appelait encore l’actuelle Ile du Sud du nom de Middle Island.

Au sec sur la côte est (II)

Au sec sur la côte est (II)

Impossible cependant de s’attarder trop, puisque deux jours de vent portant sont annoncés. D’intensité variable il est vrai, mais c’est une belle occasion pour progresser vers le sud, que nous saisissons donc sans hésiter. Au moteur par moment pour compenser les baisses de forme d’Eole (et notre avancée plus lente que prévue en raison d’un courant contraire persistant), sous voiles le reste du temps, nous progressons toujours et encore vers le sud-ouest.

Au sec sur la côte est (I)

Au sec sur la côte est (I)

Entre les bassins de croisière intéressants sur l’Ile du Sud, il y a peu d’abris. Aussi, bien que nous ayons profité de la première occasion pour « fuir » Wellington, cette occasion a été bien sélectionnée, car il nous faut faire 36 heures de mer sans réelle possibilité de répit. Faisable, mais juste juste, compte tenu de la vitesse à laquelle le temps change dans le coin. Nous ne perdons donc pas de temps à nous extirper du Détroit de Cook. Le vent qui souffle encore du sud-est initialement tombe en soirée, alors que nous devinons dans le soleil couchant les reliefs élevés du nord des Alpes du Sud (vous suivez ?). Nous passons donc la nuit au moteur, en doublant le Cap Campbell, mais le courant de marée devenu contraire nous retarde un peu. Au matin, une fois le vent de nord-est établi, nous longeons de près les Kaikoura Ranges. En effet, en chemin nous souhaitons passer près de la presqu’île de Kaikoura, petit débordement de terre peu élevée avec en arrière-plan les montagnes enneigées culminant à 2’800m. Le paysage – sous le soleil – est à ravir, mais alors que Fleur de Sel progresse maintenant au portant, nous passons la journée à scruter l’eau, car autre chose nous y intéresse.

Windy Welly

Windy Welly

A partir de Napier, nous attaquons une partie de la côte un peu délicate. Il n’y a aucun abri avant le Détroit de Cook, le vent peut souffler avec violence en descendant des montagnes, et le détroit lui-même a une sulfureuse réputation… Au moment même de notre départ, un coup de vent souffle d’ailleurs avec des rafales à 50 nœuds entre l’Ile du Nord et l’Ile du Sud. Il nous faudra donc y arriver seulement lorsque le vent aura cessé, mais pas trop tard non plus car nous devrons alors batailler pour arriver dans le détroit, le vent étant devenu contraire. Cela nous impose donc de larguer les amarres alors qu’à Napier souffle encore un bon vent de sud-est, et nous devons louvoyer pour sortir de la Hawke Bay. Nous tentons malgré tout de nous approcher du Cape Kidnappers, où se situe une belle colonie de fous australs, mais nous n’y arrivons qu’au coucher du soleil et la mer y est trop chaotique pour s’approcher davantage, si bien que nous continuons notre route en n’ayant aperçu que des tâches blanches. Comble d’ironie, alors que les prévisions annonçaient 20 nœuds par le travers, le vent nous lâche alors et nous devons aller le chercher dix milles au large.