Nous voilà donc enfin en route et notre fière Fleur de Sel galope joyeusement sur les flots. Alors qu’est-ce que nous avons bien pu fabriquer sous le célèbre soleil de Bretagne entre octobre et mars ? Non, nous n’avons pas fait un marathon de toutes les crêperies et cidreries du pays, ni déterré de nouveaux menhirs pour concocter une nouvelle théorie sur la vie et les mœurs d’Obélix. Alors quoi ? …
Il n’est pas aussi illustre que son quasi-homonyme le Glacier Express, mais il est surtout bien différent, notre express à nous. J’ai nommé le Glagla Express. Nous avions enfin quitté La Trinité car les conditions nous semblaient favorables et les gros travaux avaient touchés à leur fin. Mais le petit coup de vent passager qui, selon les prévisions, devait ensuite laisser la place à une bonne brise portante avait décidé de jouer les prolongations.
C’est modestement par un petit saut de 17 milles vers Belle-Ile que nous nous sommes élancés. Histoire de partir, surtout, et d’en finir avec ces presque 5 mois de travaux. On a parfois trimé, c’est vrai, mais nous avons aussi beaucoup appris lors de ces derniers mois de chantier. Nous espérons vous en reparler plus tard plus en détail. Mais tout ces efforts n’avaient un sens que parce qu’ils nous permettraient ensuite de partir.
Avant que nous puissions vous puissions vous donner un premier aperçu de l’avancée des travaux, nous continuons cependant les petites surprises photographiques. Ce sont donc maintenant les photos des Iles Féroé qui sont disponibles sur notre galerie. Vous trouverez donc un peu plus d’une centaine de clichés de cet archipel méconnu qui ne ressemble à nul autre endroit de la planète à l’adresse suivante : http://photos.belle-isle.eu/2009-08-faroe/. Laissez-vous donc transporter dans un autre monde le temps d’un diaporama !
Nous voici de retour sur la terre ferme, en Bretagne. Ce fut une fin de voyage au rythme d’une croisière tranquille en Bretagne Sud, à naviguer d’île en île : Groix, Belle-Ile, Houat, seuls les Glénans manquent à l’appel pour cause de mauvais temps du sud, ce qui nous a permis de retourner admirer la ville close de Concarneau. Petit à petit, nous sommes revenus dans des eaux bien connues, et nous avons retrouvé famille et amis. La sensation du retour est assez étrange…
Cela dit, nous avons beaucoup de travail devant nous pour adapter Fleur de Sel comme nous le voulons. Et afin de ne pas vous laisser trop longtemps sans nouvelles croustillantes, nous avons le plaisir de vous proposer un petit retour en arrière, avec les photos de Norvège, que nous avons enfin mises en ligne. Vous trouverez un résumé imagé du mois et demi que nous avons passé dans les eaux scandinaves à l’adresse : http://photos.belle-isle.eu/2009-07-norway/. Bien entendu, nous vous inviterons ultérieurement à aller voir les photos de la suite de notre périple dès que possible, à commencer par les Iles Féroé et l’Ecosse.
La nostalgie qui nous habitait était évidente lorsque nous avons tourné le dos à l’Irlande. Nous étions encore sous le charme de ses baies profondes, entourées de hauteurs majestueuses. Mais d’autres rivages nous attendaient de l’autre côté de la mer. Une mer qui porte le nom de Celtique seulement depuis peu, et que beaucoup de gens nomment erronément Mer d’Irlande. Contrairement à cette dernière, qui sépare la Grande-Bretagne de l’Irlande, la Mer Celtique n’est pas fermée et a des contours plutôt flous. Elle baigne les eaux irlandaises, galloises, cornouaillaises et nous mène jusqu’à la pointe de Bretagne. A l’exception du Pays de Galles, c’est le programme de notre route retour.
Le comté de Clare, malgré ses collines verdoyantes, est le plus inhospitalier de la côte ouest pour le marin. Aucun abri sérieux entre la baie de Galway et l’embouchure de la rivière Shannon. Nous vous avions d’ailleurs laissés devant les falaises de Moher, splendides et sauvages, qu’il ne faut certainement pas longer de trop près dès que le temps se dégrade. Heureusement, depuis notre départ du nord-ouest de l’île émeraude, nous profitons d’un bel anticyclone. Il s’est cependant un peu affaibli le temps de laisser passer un front froid petit mais costaud, et c’est le moment que nous avons choisi pour filer vers le sud.
En quittant Castlebay, le petit port de l’île de Barra, nous savions que les conditions calmes n’allaient pas durer. Malgré le manque de vent, il fallait se hâter, et nous avons donc parcouru au moteur les quelques milles qui nous séparaient de Barra Head, l’impressionnante falaise tout au sud-ouest des Hébrides et surmontée d’un petit phare. Puis, le vent étant suffisant, nous avons commencé notre navigation crescendo, avec un petit souffle d’abord doux et qui est ensuite rentré rapidement dans la journée, pour nous assurer une belle vitesse moyenne. Une fois la nuit tombée, le bateau continuait à marcher rapidement, sous deux ris et vent de travers, tandis que le vent montait encore dans les grains. 30 nœuds de vent ne sont pas un problème, mais la mer se formait rapidement, atteignant 3 à 4 mètres de creux.
Les Iles Féroé ne sont pas à proprement parler un archipel perdu. Elles sont tout juste un peu reculées, si l’on compare à d’autres cas plus extrêmes, comme Tristan da Cunha ou Pitcairn, dont les communautés vivent véritablement en autarcie. Cela dit, le sentiment que laisse cet archipel attachant est tout de même empreint d’un peu d’isolement, même si les Féroiens sont loins d’être seuls. Tout d’abord ils sont plus de 48’000 ! La population d’une jolie ville, tout de même. Mais en plus, ils ont de vrais voisins. Les Ecossais tout d’abord, les plus proches physiquement (à peine 200 milles les séparent, soit 350 km), même si les Hébrides, les Orkney et les Shetland, les trois archipels les plus proches, ne sont guère plus peuplés. Mais aussi les Islandais, qui sont eux aussi d’origine nordique, et dont la langue est proche du féroïen.
A plus d’un titre, depuis que nous avons quitté les Lofoten, nous sommes revenus vers l’océan. Bien évidemment, ces îles, ainsi que la côte norvégienne dans son ensemble, sont elles aussi bordées par la Mer de Norvège. Mais à force de naviguer dans le skjærgård (chenaux protégés entre fjords et îlots), on en oublierait presque que l’océan mène sa vie juste à côté. On sent parfois la houle, lorsqu’on franchit un passage un peu plus ouvert, mais cela ne dure pas. On subit de temps en temps une petite dépression avec sa pluie et son vent, mais elles sont très atténuées. Et au final, nous avons découvert la Norvège dans une atmosphère beaucoup plus continentale qu’océanique : le vent d’est apporte la chaleur terrestre, et assure le plus souvent un temps étonnemment clément. Mis à part deux ou trois jours seulement où l’eau était animée par les vagues, nous avons surtout évolué sur de l’eau plate, ce qui assure des conditions de navigation optimales.