Thème : Formalités

Réunion de superlatifs

Réunion de superlatifs

La traversée Maurice-Réunion n’a pas été des plus plaisantes. Même si le vent a tenu plus longtemps que prévu après le départ, il est toutefois tombé en soirée avec l’arrivée de la grisaille, et l’on a fait la plupart du trajet au moteur. Au matin, l’ex-île Bourbon n’était qu’un mince filet sombre coincé entre mer et nuages. La fenêtre météo était donc loin d’être idéale, mais impossible pour nous d’attendre la suivante, au moins une semaine plus tard. Une fois n’est pas coutume, nous avions rendez-vous, et nous tenions donc à être là à temps ! Finalement, Fleur de Sel a franchi les passes du Port des Galets avant 17 heures, le contraire nous aurait autrement valu de passer la nuit dehors dans une houle forcissante. Les formalités d’entrée ont été expédiées par les douaniers charmants. Certes, il a fallu faire désinfecter toutes nos chaussures et s’assurer que nous n’importions aucun produit carné ou laitier, en raison de l’épidémie de fièvre aphteuse qui sévit à Maurice, mais rien de bien méchant d’autant que nous avions été très bien informés, et donc nous étions préparés. Un vrai plaisir après les embrouillaminis mauriciens ! Après une soirée d’accueil haute en couleur (et en gastronomie créole) à bord de Ralph Rover, et en compagnie de l’équipage de Privateer, une bonne nuit de repos était nécessaire.

Douceurs mauriciennes

Douceurs mauriciennes

Notre expérience mauricienne avait commencé à Rodrigues, déjà, car rappelons-le, Rodrigues est administrée par Maurice malgré son autonomie obtenue il y a une quinzaine d’années. Alors que nous approchons par le nord de l’île Maurice elle-même, après trois jours et trois nuits dans un vent très mou, nous ne nous réalisons pas encore à quel point les deux îles seront différentes. On s’en doute évidemment un peu, puisque nous nous rendons dans un paradis du tourisme hôtelier après Rodrigues la reculée et l’authentique, mais on ne le réalise pas encore. Et du reste, ce n’est pas de là que proviendra le contraste majeur. Mais il faut auparavant arriver et accoster, tandis que nous venons seulement de virer l’Ile Ronde dans la nuit, puis l’Ile Plate et le Coin de Mire à l’aube, et que Maurice se découvre au lever du soleil. Les courants de marée, assez fort par ici, sont la plupart du temps avec nous. Il nous faut encore descendre la côte ouest sur une quinzaine de milles avant de pouvoir embouquer, entre les chalutiers taïwanais, le chenal de Port-Louis, la capitale et unique port d’entrée.

Rodrigues a du cœur

Rodrigues a du cœur

Pêche à la voile sur le lagon de Rodrigues, une voile parmi tant d'autres

Accostage, amarrage, premières poignées de main, premiers officiels pour faire les formalités d’entrée, regards alentour pour prendre nos marques, regard en arrière pour notre fier bateau qui nous a menés là, ainsi se passent les premiers moments à l’arrivée. Nous voici donc à bon port, sur l’île Rodrigues, le gros de l’Océan Indien derrière nous, et désormais déjà sur un confetti d’Afrique – et cela prend un peu plus de temps à réaliser. Mais après une bonne nuit, il n’y paraîtra presque plus et la traversée mouvementée sera déjà un souvenir. Désormais s’offre à nous cette belle et attachante île, et nous commençons la découverte par Port-Mathurin, son chef-lieu (6’000 âmes). Son petit centre-ville quadrillé et ombragé, le marché proposant pléthore de fruits et légumes colorés et bien plus européens que ceux d’Indonésie, la boulangerie qui propose des baguettes à très petit prix, et le supermarché où l’on trouve de nombreux produits français.

L’eau des Cocos

L’eau des Cocos

Pendant notre séjour, Heidi grave et colore à notre nom un morceau de bambou pour laisser une trace de notre passage comme tous les autres bateaux.

Les Cocos, ce sont deux atolls (australiens) perdus dans l’Océan Indien, l’un des deux minuscule, l’autre bien plus grand (1 et 8 milles de long respectivement). Ce sont des confettis de terre isolés, plus proches de Sumatra que du continent australien. Et c’est un endroit où se sont déroulés des évènements historiques insoupçonnés pour qui n’en connait pas l’existence. En fait, rares sont les non-Australiens qui en ont entendu parler, mais c’est dans ces eaux méconnues que Fleur de Sel trempe désormais sa quille. Pas si méconnues pour les voiliers, cependant, car les Cocos sont un point névralgique de la transhumance océanique à travers l’Indien.

Sumbawa, Lombok et Bali

Sumbawa, Lombok et Bali

Après avoir laissé derrière Komodo et les îles environnantes, nous avons ensuite longé Sumbawa – la plus grande des îles indonésiennes que nous aurons abordées. De Sumbawa on peut retenir sa forme tarabiscotée, qui la coupe presque en deux, et nous ne visiterons d’ailleurs que dans la partie nord-est – « Bima », d’après le nom de sa capitale, « Sumbawa » faisant référence à la partie sud-ouest chez les îliens. Par ailleurs, c’est dans cette région qu’on constate un changement progressif dans la végétation et la flore, qui, d’un caractère quelque peu australien, se muent progressivement en environnement eurasiatique (voir les lignes de Wallace, de Huxley, de Weber et de Lydekker). Et puis, au passage, nous visitons là notre dernière île véritablement rurale, encore que la densité de la population augmente alors que l’on progresse vers l’ouest. Enfin, sur notre itinéraire, c’est aussi le moment où nous entrons réellement dans la sphère à très forte dominante musulmane, après le foyer chrétien dans l’est de Flores et l’intéressant mélange chrétien-musulman alentour. Sumbawa avait même, un temps, eu la réputation d’être ouvertement islamiste, du moins dans les agglomérations. Peut-être pour cette raison, et peut-être parce que l’île recèle moins d’attractions évidentes, elle ne s’est jamais vraiment développée touristiquement.

Plongeons et dragons

Plongeons et dragons

En longeant la côte de Flores, on prend toute la mesure du danger que représenterait ici une navigation de nuit. Comme souvent sur les îles volcaniques, le littoral est le plus souvent très abrupt – c’est-à-dire qu’assez souvent le sondeur, qui porte toutefois jusqu’à 180m de profondeur, arrête de capter les fonds dans les minutes qui suivent la sortie du mouillage. Et pourtant, on trouve des DCP (dispositifs de concentration de poissons, en anglais FAD, fish aggregating devices) mouillés à parfois des milles au large ! Ils peuvent prendre diverses formes, allant du simple baril, à la simili-cahute flottante, ou encore au beau flotteur surmonté d’une feuille de palmier ou d’une perche de bambou. Une chose est certaine, de nuit ce serait un obstacle sérieux. Il y a des zones où il y en a partout. Ailleurs il y en a moins, sans doute parce que les fonds atteignent des milliers de mètres, mais comme la bathymétrie est particulièrement imprécise sur les cartes du coin, difficile de savoir.

Un autre monde

Un autre monde

Nous sommes entrés dans les eaux indonésiennes à la nuit tombante, juste après avoir passé le talus continental australien, et une trentaine de milles plus loin nous devions passer au niveau de la fosse qui sépare Timor de l’Australie. C’est là que nous avons vécu notre première expérience indonésienne : nous avons eu l’impression de nous faire entourer par une horde de bikers aquatiques ! A tenter de percer la noirceur de la nuit, j’ai fini par discerner aux jumelles quelques silhouettes d’embarcations, une douzaine peut-être, et à m’apercevoir que la plupart étaient équipées d’une lampe flash bleue, rouge ou blanche – feux que j’avais bien du mal à voir à l’oeil nu, le bruit signalant bien mieux la présence de ces pêcheurs. Quelques coups de lampe frontale pour leur signaler que je les ai vus, auxquels ils me répondent avec leur lampe, et le croisement se fait sans heurts. Dans le restant de la nuit, la veille fut nettement plus assidue qu’auparavant (et plus auditive !), mais les seuls autres pêcheurs croisés étaient, eux, très éclairés. Sans doute s’agissait-il de « squid boats », des pêcheurs de calamars, qui sont plutôt des arbres de Noël ambulants !

La plus inhospitalière des côtes [2] : Ningaloo Reef, Pilbara et Broome

La plus inhospitalière des côtes [2] : Ningaloo Reef, Pilbara et Broome

En un peu plus de 24 heures d’une navigation pour une fois agréable et sans histoire, nous passons de la région de Shark Bay à celle du Ningaloo Reef. Nous retrouvons alors le domaine de la grande houle, qui constitue un paramètre essentiel pour l’exploration de cette côte difficile. Ici aussi, de nombreux navires ont terminé leur course, et malheureusement, lorsque nous approchons de Coral Bay, le petit village touristique du sud du Ningaloo, nous tombons en pleine opération de recherche en mer : deux hommes partis pêcher à bord de leur bateau à moteur ne sont pas rentrés la veille et plusieurs bateaux, un hélicoptère et un avion ratissent la zone plusieurs jours durant. Nous ouvrons l’oeil également, et alors que pour effectuer notre approche nous empannons deux fois le long du récif, nous voyons sans mal comme il peut être sans pitié : la grande houle du large vient terminer sa course au-dessus du corail dans un fracas majestueux et incessant, déployant à chaque rouleau une puissance phénoménale. Malheureusement, nous constatons vite que la passe est bien trop large pour abriter le mouillage de Maud’s Landing vers lequel nous nous dirigeons. Mais nous n’avons pas le choix, car il est interdit de rentrer dans Coral Bay proprement dite, tant elle est damée de corail, bien trop dangereux pour qui ne connait pas bien le coin.

Nouveau pays, nouveau continent

Nouveau pays, nouveau continent

A l’origine, nous avions choisi de ne passer en Australie que rapidement, voire pas du tout. Il y avait plusieurs raisons à cela, la première étant le fait qu’il faut inévitablement consacrer à la découverte de ce pays-continent un temps certain. Mais notre arrêt en Nouvelle-Calédonie nous ayant permis de rallonger un peu notre séjour dans le Pacifique, nous étions maintenant en mesure de passer moins vite qu’en lance-pierre. L’autre raison principale concernait les formalités australiennes, dont il est de notoriété publique qu’elles sont exigeantes. L’Australie a fait couler beaucoup d’encre et fait enrager plus d’un navigateur par le passé. A juste titre, puisqu’on entend encore parler des histoires de saisies de toute la nourriture à bord, même de boites de conserves pourtant « Made in Australia » ! Difficile de savoir jusqu’à quand cela a été le cas, mais toujours est-il que les Australiens ont fini par comprendre que de telles pratiques ne pouvaient que leur donner mauvaise presse, et ils ont largement assoupli les règles de biosécurité (encore appelée familièrement « quarantaine »), peut-être en se calquant sur les procédés moins dogmatiques de leurs voisins néo-zélandais. Les formalités d’immigration et de douane, elles, restent l’affaire de processus stricts, mais qui ont le mérite d’être clairs et d’autant plus faciles aujourd’hui que tout est électronique. Venant d’arriver à Coffs Harbour, il serait toutefois inexact de dire que tout stress était absent, car nous allions inaugurer notre séjour par la séquence officielle, en espérant qu’on finirait bien par nous laisser rentrer !

Un mois envers et contre la météo

Un mois envers et contre la météo

Fin septembre, et ce depuis quelques jours ou semaines déjà, nous avions une activité principale et favorite à bord, plus encore que d’habitude : la météo. Certes, une fois arrivés à Oyster Bay, nous nous sommes occupés d’aller faire des courses à Luganville et de faire la lessive. Nous avons aussi fait un peu de tourisme, remontant une rivière en annexe sur un mille et demi pour atteindre le « Blue Hole » de Matevulu. Un endroit superbe, à l’eau douce cristalline, dans laquelle nous nous sommes baignés et lavés, jetés même avec une liane installée dans un gigantesque banyan par le chef local. Et surtout dans laquelle nous avons rempli tous nos bidons, car depuis que nous sommes arrivés au Vanuatu il n’a plu qu’une seule fois. Nos réservoirs sont en petite forme et nous venons prendre tout ce que nous pouvons.

Province Shefa

Province Shefa

En arrivant à Efaté la mer est toujours bien haute, le vent ayant soufflé à 25 nœuds toute la nuit. Nous avons du réduire la voilure pour freiner Fleur de Sel et éviter une arrivée trop matinale. Et puis, passée Pango Point, l’eau devient plate, et subitement le temps se met au grand beau. C’est donc sous un soleil radieux que nous parcourons les derniers milles vers Port Vila. Le bord de mer n’est alors qu’une succession de luxueuses villas et de quelques resorts, exposées au nord-ouest sur le bord de mer, donc face au soleil couchant de l’hémisphère sud. Nous prenons alors un corps-mort juste derrière Iririki Island, chez Yachting World, la base d’accueil des yachties.

En terre de caractère

En terre de caractère

Seuls 35 milles séparent Aneityum de Tanna. Mais on se rappellera que la raison principale de notre départ du mouillage d’Anawamet est le roulis. Le vent souffle donc fort et il fait un temps à grains, avec un air bien humide. Le pont aussi, d’ailleurs, ne va pas tarder à être mouillé, aussi bien par les embruns que par les averses. Les lignes de traîne vont rester désespérément inertes, malgré les 6 nœuds de moyenne. Et une heure ou deux après le départ, on pourrait presque se croire loin au large, non seulement car la houle est bien formée et haute, mais aussi car Aneityum a disparu dans les nuées. Tanna, elle, ne se montrera que quelques heures plus tard, alors que nous sommes à moins de 10 milles, et nous n’aurons évidemment jamais aperçu la haute île de Futuna que nous laissons 30 milles dans l’est (à noter qu’il ne s’agit pas de l’île sœur de Wallis mais d’une autre île homonyme, cependant également peuplée de gens d’origine polynésienne).