Catégorie : Pacifique

Sous le soleil du Fiordland

Sous le soleil du Fiordland

Lever du jour sur le Mt Pembroke. Après 3 semaines de Fiordland, Fleur de Sel approche du mythique Milford Sound.

Au lever du jour, nous passons déjà les Iles Solander, et c’est bon signe : nous sommes arrivés hors d’atteinte du courant, qui ne nous renverra pas dans le Détroit de Foveaux. Le vent faiblit ensuite, nous abandonnant aux effets de la grande houle, mais cet épisode ne dure pas, et dès la mi-journée le vent reprend. Ainsi, en milieu d’après-midi nous approchons, à pleine vitesse et sous un ciel maintenant limpide, de la fameuse Puysegur Point. Un cap comme il en existe tant d’autres sur la côte du Fiordland, battu sans pitié par les vagues. Seulement celui-ci est surmonté d’un phare et d’une station météo, si bien qu’il est devenu mythique à nos yeux, à force d’entendre les relevés de vent. Trente invariablement, quarante souvent, cinquante parfois, on ne lésine pas sur les nœuds dans ce coin, que l’on imagine encore pire à la mauvaise saison. Alors lorsque Fleur de Sel s’engouffre dans l’étroit passage Otago Retreat, entre la pointe et Coal Island, on est non seulement heureux de regagner l’eau plate après l’épreuve du South West Cape, mais on pousse en plus un ouf de soulagement, après avoir terminé l’étape la moins évidente de notre navigation néo-zélandaise.

Balades et rencontres dans l’extrême sud

Balades et rencontres dans l’extrême sud

Du sommet du Bald Cone, Brett surplombe Port Pegasus

En Nouvelle-Zélande, il n’y a guère plus au sud où nous puissions aller qu’à Port Pegasus, puisque c’est quasiment la baie la plus au sud de Stewart Island (à l’exception d’une ou deux criques très exposées à l’extérieur). C’est du moins ce que nous pensions jusqu’à notre arrivée, car un coup de vent étant prévu pour le lendemain, nous visons sagement Disappointment Cove, qui en dépit de son nom est le mouillage le mieux protégé de la zone. Or, dans l’entrée, nous croisons Polaris II, un bateau de la University of Dunedin, qui se rendait aux Snares pour y faire de multiples missions de recherche, allant de l’océanographie à l’étude des lions de mer en passant par celle des oiseaux. Les Snares sont des îles situées encore 65 milles plus au sud-ouest, et il s’agit apparemment d’un repaire de vie marine incroyable. L’idée d’y faire une visite serait tentante, mais il s’agit d’un endroit très exposé, et dont on ne connait rien concernant d’éventuels mouillages.

Sur la vraie Ile du Sud

Sur la vraie Ile du Sud

Peu de temps après notre arrivée en Nouvelle-Zélande, un couple de Kiwis nous expliquait, en restant à peu près sérieux, que la Nouvelle-Zélande est composée de quatre îles  : l’Ile du Nord et l’Ile du Sud que tout le monde connait, Stewart Island, tout au sud, et encore l’Ile de l’Ouest que certains cartographes appellent aussi l’Australie… Cette boutade est bien révélatrice de la rivalité «  locale  » entre Aussies et Kiwis. Mais elle rappelle aussi qu’il y a d’autres îles dans l’archipel que les deux grandes. Nous avons déjà eu l’occasion d’en visiter bien d’autres, à commencer par Aotea (Great Barrier Island), la quatrième en taille du pays. Et d’autres bien remarquables, comme Ahuahu (Great Mercury Island), Whakaari (White Island), ou Tuhua (Mayor Island). Sans parler des multiples îles de la Bay of Islands justement, ou toutes celles du Hauraki Gulf. Mais ce serait oublier la troisième par la superficie, située tout au sud du pays  : Rakiura, ou Stewart Island. A l’aube de l’histoire de la Nouvelle-Zélande, elle a d’ailleurs porté le nom de South Island, lorsqu’on appelait encore l’actuelle Ile du Sud du nom de Middle Island.

Au sec sur la côte est (II)

Au sec sur la côte est (II)

Impossible cependant de s’attarder trop, puisque deux jours de vent portant sont annoncés. D’intensité variable il est vrai, mais c’est une belle occasion pour progresser vers le sud, que nous saisissons donc sans hésiter. Au moteur par moment pour compenser les baisses de forme d’Eole (et notre avancée plus lente que prévue en raison d’un courant contraire persistant), sous voiles le reste du temps, nous progressons toujours et encore vers le sud-ouest.

Au sec sur la côte est (I)

Au sec sur la côte est (I)

Entre les bassins de croisière intéressants sur l’Ile du Sud, il y a peu d’abris. Aussi, bien que nous ayons profité de la première occasion pour « fuir » Wellington, cette occasion a été bien sélectionnée, car il nous faut faire 36 heures de mer sans réelle possibilité de répit. Faisable, mais juste juste, compte tenu de la vitesse à laquelle le temps change dans le coin. Nous ne perdons donc pas de temps à nous extirper du Détroit de Cook. Le vent qui souffle encore du sud-est initialement tombe en soirée, alors que nous devinons dans le soleil couchant les reliefs élevés du nord des Alpes du Sud (vous suivez ?). Nous passons donc la nuit au moteur, en doublant le Cap Campbell, mais le courant de marée devenu contraire nous retarde un peu. Au matin, une fois le vent de nord-est établi, nous longeons de près les Kaikoura Ranges. En effet, en chemin nous souhaitons passer près de la presqu’île de Kaikoura, petit débordement de terre peu élevée avec en arrière-plan les montagnes enneigées culminant à 2’800m. Le paysage – sous le soleil – est à ravir, mais alors que Fleur de Sel progresse maintenant au portant, nous passons la journée à scruter l’eau, car autre chose nous y intéresse.

Windy Welly

Windy Welly

A partir de Napier, nous attaquons une partie de la côte un peu délicate. Il n’y a aucun abri avant le Détroit de Cook, le vent peut souffler avec violence en descendant des montagnes, et le détroit lui-même a une sulfureuse réputation… Au moment même de notre départ, un coup de vent souffle d’ailleurs avec des rafales à 50 nœuds entre l’Ile du Nord et l’Ile du Sud. Il nous faudra donc y arriver seulement lorsque le vent aura cessé, mais pas trop tard non plus car nous devrons alors batailler pour arriver dans le détroit, le vent étant devenu contraire. Cela nous impose donc de larguer les amarres alors qu’à Napier souffle encore un bon vent de sud-est, et nous devons louvoyer pour sortir de la Hawke Bay. Nous tentons malgré tout de nous approcher du Cape Kidnappers, où se situe une belle colonie de fous australs, mais nous n’y arrivons qu’au coucher du soleil et la mer y est trop chaotique pour s’approcher davantage, si bien que nous continuons notre route en n’ayant aperçu que des tâches blanches. Comble d’ironie, alors que les prévisions annonçaient 20 nœuds par le travers, le vent nous lâche alors et nous devons aller le chercher dix milles au large.

Happy New Year !

Happy New Year !

Tous nos voeux de bonheur à tous pour 2013 ! Voilà, nous sommes dans la nouvelle année, douze heures avant l’Europe. Ca décoiffe à Wellington, même le grand feu d’artifice a du être annulé tant le vent souffle. Alors nous attendons sagement au port une fenêtre météo pour continuer notre route vers le sud du pays. Nous prenons notre mal en patience en goûtant au petit vin pétillant local !

Voici les prévisions actuelles de vent…

Plenty of pétole

Plenty of pétole

Le timing est bon : nous jetons l’ancre dans Mercury Cove, et nous sommes le 11 décembre. A peine un ou deux autres bateaux de plaisance et quelques pêcheurs passent la nuit ici, mais d’ici deux semaines, l’endroit grouillera de monde. Tout comme les îles du Hauraki Gulf, celles qui débordent la péninsule du Coromandel sont les destinations les plus prisées par les Aucklanders pour leurs grandes vacances d’été. Mais pour l’instant, nous profitons donc de l’endroit de manière délicieuse et confidentielle. Surpris par la beauté à la fois sauvage et domestiquée de cette île, nous décidons d’y passer une journée supplémentaire. Et le lendemain au réveil, nous admirons cette petite baie paisible et presque complètement fermée, entourée de collines harmonieuses. Et puis soudain, vers midi, nous croyons avoir de la visite.

Mythique Hauraki Gulf

Mythique Hauraki Gulf

Il a crachiné une bonne partie de l’après-midi, le vent a été bien plus mou que prévu, et c’est donc après la tombée du jour que nous atteignons notre mouillage. Dans le crépuscule finissant, nous avons à peine deviné la silhouette volcanique de Rangitoto, devant laquelle nous venons mouiller. Il s’agit du volcan le plus récent de la région d’Auckland, qui en compte bien une soixantaine. C’est il y a 600 ans seulement qu’a émergé de l’eau ce cône aplati, jouxtant l’île voisine de Motutapu, si bien que nous sommes maintenant particulièrement protégés du vent de nord qui se lève enfin. Le lendemain matin, par un temps bien bouché, ça souffle même fraîchement, mais nous nous élançons tout de même pour une courte navigation au portant. Ferrys rapides, cargos, même un voilier ou deux, il y a de la circulation dans le Waitemata Harbour – le grand bras de mer protégé qui baigne Auckland au nord-est. Il faut dire que la plus grande ville de Nouvelle-Zélande est aussi baignée au sud-ouest, du côté Mer de Tasman, par un autre grand havre, le Manukau Harbour, mais nettement moins accessible que le fond du Hauraki Gulf où nous nous trouvons actuellement. Fleur de Sel atteint un véritable paradis pour la navigation, constellé d’îles, aux brises tantôt capricieuses, tantôt musclées, et qui évoque chez chaque voileux des souvenirs de Coupe de l’America…

De l’exercice !

De l’exercice !

Il faut croire que nous avons mal choisi le moment de notre départ de la Bay of Islands. Dès notre première relâche, dans la baie de Whangamumu, le vent en profite pour tourner au sud-est, et la pluie pour s’abattre sur tout le Northland. Il faut dire que l’extrémité nord du pays est vraiment sujette à un climat subtropical – et nous avons pu constater à quel point la végétation naturelle y est luxuriante – tant et si bien que les Kiwis la surnomment « the winterless North ». Et alors que le printemps est déjà bien avancé, pas de chance, nous subissons les effets de bord d’une jolie dépression tropicale tandis que le reste du pays est sous le soleil… Rageant, et le surlendemain nous profitons que la météo annonce une accalmie du vent contraire pour essayer de trouver le salut dans la fuite vers le sud.

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