B.A.-BA de la Calédonie

B.A.-BA de la Calédonie

Je profite de ces moments de navigation pour vous abreuver avec un article pour ceux qui ne connaissent pas, et/ou qui ont du mal à comprendre l’environnement dans lequel nous vivons depuis plus d’un an. Voici donc un petit précis sur la Calédonie. On ne veut pas y rentrer dans le détail sur chaque sujet (on ne le pourrait d’ailleurs pas), mais on vous renvoie plutôt vers d’autres liens si nécessaire. Commençons donc par l’environnement naturel, en espérant n’écrire pas trop d’insanités ! (que l’on me pardonne si c’est le cas…)

Situation

Tout d’abord, qu’est-ce-que la Nouvelle Calédonie ? Il s’agit d’un archipel situé dans le Pacifique Sud-Ouest ou Océanie, situé plutôt aux limites de la zone tropicale, puisque qu’elle se situe entre 19°S et 23°S, donc à 100 km à peine du Tropique du Capricorne.

Ses plus proches voisins sont le Vanuatu (500 km au NE), les Iles Salomon (1’000 km au NW), les Fidji (1’200 km à l’E), l’Australie (1’500 km à l’ouest et 800 km au sud pour l’Ile Norfolk), et la Nouvelle-Zélande (2’000 km au SE). Les Calédoniens aiment bien dire qu’ils sont à 22’000km de la métropole (mais rappelons que la circonférence de la Terre fait 40’000km, donc difficile d’être plus loin que 20’000km !). La Nouvelle-Calédonie est en fait à environ 17’000km de la France métropolitaine.

Carte bathymétrique et topographique de la Nouvelle-Calédonie et de Vanuatu, Océanie.
Situation, composition et relief de la Nouvelle-Calédonie (carte © Wikimedia Commons)

L’archipel

L’île principale s’appelle la Grande Terre, est de forme allongée orientée SE-NW, fait environ 400km de long (autant que la Suisse) pour une cinquantaine de km de large en moyenne, soit une superficie de 16’664km² (environ deux fois la Corse !)

Mais il ne faut pas oublier les autres îles de l’archipel. A commencer par les Iles Loyauté, un chapelet d’îles parallèles à la Grande Terre, à 100-150km au NE. En partant du SE, se succèdent Maré (642km²), Lifou (1207km², donc plus étendue que la Martinique) et l’atoll d’Ouvéa (132km² de terres).

D’autres îles habitées viennent compléter cet ensemble : l’Ile des Pins (ou Kunié), au SE de la Grande Terre (152km²), les Iles Belep (70km²) au NW, et Tiga (10km²), cachée entre Maré et Lifou. Il y a encore une multitude d’îles et d’îlots inhabités, principalement dans le lagon, mais d’autres aussi bien au large, comme les récifs Chesterfield, les récifs d’Entrecasteaux et l’atoll de Beautemps-Beaupré.

La chaîne

La Grande Terre est montagneuse sur toute sa longueur : c’est « la chaîne », qui constitue sa véritable épine dorsale, mais plus proche de la côte NE (qu’on appelle la « côte est ») que de la côte SW (« côte ouest »). De petites plaines côtières se développent donc entre la chaîne et la côte ouest et il s’agit de l’axe de communication principal de l’île.

La chaîne comprend cinq sommets de plus de 1’500m et culmine à 1’629m au Mont Panié. Il ne s’agit pas d’une formation volcanique, mais du résultat de plissements, soulèvements, et affaissements successifs de la plaque australienne. Les paysages sont donc très différents de ceux d’autres îles du Pacifique, pour la plupart volcaniques.

Les fleuves sont nombreux, mais plutôt courts (sauf le Diahot dans le nord, 55km de long). Ils sont plutôt nerveux, entraînant régulièrement des inondations, comme par exemple la Néra à Bourail.

Le lagon

Incroyable récif-barrière, qui ceinture le lagon sur des centaines de km !
Incroyable récif-barrière, qui ceinture le lagon sur des centaines de km !

L’autre caractéristique importante est la présence du récif-barrière autour de la quasi-totalité du complexe Ile des Pins, Grande Terre, Belep. Cela en fait le deuxième plus important complexe récifal au monde après la Grande Barrière de Corail australienne.

Le lagon, situé entre le Grand Récif et la côte, est immense (24’000km²), est inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, et peut être considéré comme le plus grand du monde. Long de 500km environ, et variant en largeur entre 30km comme dans le Grand Sud et seulement 2km sur la côte ouest centrale ou dans le nord-est. La profondeur y est le plus souvent d’une trentaine de mètres, avec de nombreux platiers de corail affleurant, de nombreux bancs de sable et d’îlots, tandis qu’au dehors les fonds plongent à plusieurs milliers de mètres.

Le récif protège efficacement le lagon de la houle du large, et on peut le franchir çà et là par des passes à l’ouvert des vallées. Le courant peut y être important, surtout dans la Passe de la Havannah au sud-est. Les marées sont sensibles, mais modestes (environ 1m50 de marnage).

Climat

Le climat est tropical, avec cependant des variations marquées selon les saisons et selon l’endroit. En raison de la prédominance des alizés de secteur E à SE, la côte est est nettement plus arrosée que la côte ouest, le plus souvent sous le vent de la chaîne. Les relevés de précipitation comptabilisent ainsi environ 1m de pluie par an sur la côte ouest (moins dans le nord, plus dans le sud), contre environ 2-3m par an sur la côte est ! Quant aux Iles Loyauté, il y pleut environ 1,5-2m par an. Les sécheresses (et les incendies) ne sont donc pas rares sur la côte ouest.

Les saisons

Les températures sont relativement agréables tout au long de l’année. En hiver (juin-septembre), on peut compter sur 14 à 26° environ, tandis que l’été (décembre-mars), elles oscillent plutôt entre 20° et 32°. Les fluctuations sont modérées par les températures océaniques, qui vont de 22° en hiver à 28° en été, mais c’est moins le cas à l’intérieur de la Grande Terre.

La première moitié de l’année est la plus arrosée, avec la saison humide de janvier à mars (pluies souvent plus fréquentes et en particulier plus intenses), et une longue intersaison d’avril à juin. Commence alors en juillet et jusqu’à octobre la saison fraîche (en juillet-août surtout) et sèche (particulièrement en septembre et octobre), tandis qu’une deuxième intersaison plus courte va de novembre à décembre.

Circulant entre les basses pressions équatoriales et les hautes pressions subtropicales, les alizés soufflent sur la Nouvelle-Calédonie presque toute l’année. Les anticylones et dépressions sont particulièrement mobiles dans le sud-ouest du Pacifique et il arrive que les basses pressions atteignent la Nouvelle-Calédonie, particulièrement en été, et nous parlerons des cyclones plus loin.

En hiver, ce sont les basses pressions tempérées et surtout leur front froid associé qui peuvent venir balayer le pays. Ce sont alors les « coups d’ouest » hivernaux, qui peuvent surprendre et donner de violentes rafales, mais ils sont généralement de courte durée.

Les alizés ne sont pas toujours sages et tranquilles !
Les alizés ne sont pas toujours sages et tranquilles !

En revanche, lorsqu’une zone de convergence vient s’installer dans la région, ce qui peut arriver à toute saison, il faut compter une semaine de mauvais temps le temps qu’elle migre ailleurs. Enfin, les anticyclones peuvent aussi venir s’établir aussi haut que la Nouvelle-Calédonie, et c’est alors la fournaise et la mer d’huile.

Les alizés

Mais la plupart du temps, les alizés dominent, et ils soufflent sans répit au large, souvent entre 10 et 15 nœuds. Selon leur orientation générale, la situation change. Si le vent synoptique souffle de l’E ou du NE, la côte ouest est déventée (particulièrement la nuit) et fait l’objet de faibles brises thermiques, tandis que les alizés accélèrent aux deux extrémités nord et sud. S’il vient du SE, cas le plus courant, ils soufflent de manière relativement homogène sur tout le pays, mais se renforcent bien l’après-midi sur la côte ouest, atteignant régulièrement un bon 25 nœuds. S’il est plutôt ESE, le nord-ouest est déventé, tandis que si l’orientation générale est plutôt SSE, c’est au nord-est d’être déventé.

Les alizés ne sont pas de tout repos. Passé 11h du matin, il est illusoire (et en tout cas pénible) de vouloir gagner dans le SE à la voile, car le clapot dans le lagon devient vite musclé tout en restant court. En plus, attention, car dans l’hémisphère sud les rayons UV sont impitoyables. Mais dans le vent on ne réalise pas que le soleil tape dur et que les brûlures peuvent vite être graves.

Cyclones

De mi-décembre à mi-avril environ, la Nouvelle-Calédonie peut être frappée par des cyclones tropicaux. En pratique, ce sont surtout les mois de janvier à mars qui sont à risque, avec un pic de probabilité en février. Sans rentrer ici en grand détail sur le pourquoi et le comment d’un cyclone tropical, il s’agit d’une des formes les plus violentes de perturbation atmosphérique. Les plus forts cyclones sont dévastateurs autant par les vents, les pluies et les vagues qu’ils génèrent.

La probabilité d’une frappe par un cyclone pleinement développé est heureusement faible, avec une moyenne saisonnière d’environ 10 dépressions tropicales, dont 4 en moyenne qui atteignent le stade de cyclone), le tout sur la vaste étendue du Pacifique sud-ouest. Cependant, lorsqu’un cyclone frappe, malheur à ceux qui se trouvent dans son chemin ! Les Calédoniens sont accoutumés à ces phénomènes, même s’ils n’arrivent qu’épisodiquement, et un système d’alerte est mis en place par la sécurité civile.

Flore

Maquis minier au Cap N'Dua
Maquis minier au Cap N’Dua

La Nouvelle-Calédonie abrite une flore très particulière pour nous occidentaux. En effet, géologiquement elle provient du Gondwana, supercontinent ancien qui a également donné naissance à l’Inde, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Guinée. Or, ce continent est resté séparé du reste du monde pendant longtemps, si bien que l’évolution a généré des espèces tout à fait distinctes de celles qu’on trouve en Asie, Europe, Afrique et même Amérique. La Nouvelle-Calédonie compte donc de nombreuses espèces endémiques.

Le plus emblématique est certainement l’araucaria, ou pin colonnaire, qui a donné son nom occidental à l’Ile des Pins, mais que l’on trouve en de nombreux endroits de la Grande-Terre également. En forêt humide, on trouve également des houps, des kaoris, et pléthore de fougères arborescentes. Les forêts sèches et savanes couvrent une grande partie du territoire, et particulièrement les niaoulis. Dans les mangroves, ce sont évidemment les palétuviers qui prédominent. Enfin, la composition basique du sol de latérite n’a permis qu’à des buissons très spécifiques de s’adapter à l’environnement ferreux du maquis minier. Sous l’eau, il y a évidemment des milliers de coraux différents (mais ce sont des animaux), et l’une des plus spectaculaire plantes aquatiques est la gorgone.

Faune

Imposants animaux que ces magnifiques baleines à bosse…
Imposants animaux que ces magnifiques baleines à bosse…

Ici encore, les espèces endémiques sont très nombreuses, tout au moins sur terre. Une seule espèce de mammifère était présente avant l’arrivée des occidentaux : la roussette (une chauve-souris) ! Pour le reste, on trouve surtout des oiseaux : le cagou, qui ne peut pas voler – c’est l’emblème du pays – mais aussi des perruches. Parmi les oiseaux marins, on trouve des fous, des noddis, des sternes, mais peu de frégates ou de phaétons. Aujourd’hui, la terre est colonisée par les bœufs (et quelques moutons) dans les paddocks, et les forêts pullulent de cerfs (le « f » se prononce ici).

Imposants animaux que ces magnifiques baleines à bosse…

Par ailleurs, un livre entier ne suffirait pas à décrire la vie marine. Autant à terre il n’y a pas d’espèce dangereuse, autant dans l’eau il vaut mieux faire attention. On pense aux requins évidemment (pointes noires et pointes blanches le plus souvent, mais aussi gris, tigre, marteau, bouledogue, voire très rarement le grand blanc…), mais il y a aussi le poisson-pierre, les poissons-scorpions et autres venimeux, les chirurgiens et leurs scalpels tranchants, les cônes (textile et géographe en particulier). Et à cheval entre terre et mer, l’iconique tricot rayé (serpent marin pas du tout agressif). Avec toutes ces bestioles, on risque au moins de sacrées blessures, souvent très douloureuses, et parfois la mort. Mais un minimum de précautions (par exemple de ne rien toucher), donc, le reste est un immense spectacle de poissons multicolores (raies, perroquets, anges, papillons, balistes, etc.) Difficile de dire lesquels nous préférons tant il y en a ! N’oublions pas enfin les dauphins que l’on rencontre parfois, et surtout les baleines à bosse, des habituées des eaux calédoniennes en hiver.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.