Auteur/autrice : Nicolas

Sous le Vent des Iles

Sous le Vent des Iles

Ce sont les Iles Sous le Vent, et la première est là devant nous au lever du jour : Huahine. Contrairement aux Iles Sous le Vent des Antilles, qui ne sont pas vraiment sous le vent, c’est-à-dire en aval dans le sens de la circulation dominante, ici la navigation se fait au portant depuis Tahiti et Moorea (les Iles du Vent). La nuit a été calme, et Fleur de Sel a bien avancé sauf dans quelques molles. Il ne faut pas confondre Huahine et Vahine, même si ce n’est pas un hasard si leurs noms se ressemblent. Huahine a décidément quelque chose de féminin. Vahine en tahitien c’est tout simplement la femme. Huahine, on nous l’apprendra sur place, signifie « sexe féminin ». C’est certainement parce que l’île est en fait deux îles, séparées par une entaille. Il y a la « grande île » au nord, Huahine Nui, et la « petite île » au sud, Huahine Iti. Et comme pour bien s’assurer du graphisme de la chose, un piton s’élève le long de l’indentation qui les sépare, et en tahitien c’est bien-sûr le « Pénis de Hiro », Hiro étant la grande divinité polynésienne.

Tahiti – Mo‘orea … et retour

Tahiti – Mo‘orea … et retour

Un grand plaisir que cette traversée. Du largue, tout du long, pas un grain, pas trop de vagues, c’était très agréable. Fleur de Sel a tellement tracé – particulièrement sur le début du parcours, où elle a avancé de 78 milles en 12 heures, et même plus de 21 milles en 3 heures – qu’on s’est retrouvé un peu en avance à Tahiti, après une quarantaine d’heures de mer. C’est donc dans à la lueur de la Lune qu’on a deviné dans la nuit la masse de l’île, non pas noire mais blanche, enveloppée de nuages tandis qu’il faisait beau par ailleurs. Nous avons donc poursuivi un peu au sud de la Presqu’île pour empanner à l’aube, le tout afin d’arriver au niveau du récif après le lever du soleil. Heureusement la passe de Vaiau est bien balisée car la houle brise avec violence et forme des rouleaux impressionnants. C’est un spectacle grandiose et malgré les vagues qui déferlent de part et d’autre, nous nous faufilons en sécurité au travers de cette entaille qui mène vers deux bassins profonds et bien protégés.

Pourquoi .eu ?

Pourquoi .eu ?

Fleur de Sel arbore lorsqu'elle le peut (c'est-à-dire lorsque ça ne lui cause pas trop de soucis) le pavillon européen

Cette entrée un peu atypique dans notre journal de bord vous surprendra certainement. Ce d’autant plus que vous nous imaginez certainement profitant des superbes trésors que le Pacifique Sud a su préserver (et c’est le cas !) Mais loin de nous l’idée de rejeter pour autant la « civilisation ». Nous profitons de coins reculés, c’est un fait, mais ce n’est pas pour autant que le cerveau s’arrête de fonctionner ! Au contraire, ce voyage nous permet aussi de prendre du recul, de réfléchir aux choses telles qu’elles sont et telles qu’elles pourraient être. Ce voyage nous permet d’affiner en nous-mêmes ce qui définit notre identité, et ce aussi bien par l’introspection favorisée par les moments d’isolement que par la découverte des autres qui permet de mieux se comprendre soi-même.

Tour de passe-passe

Tour de passe-passe

Lorsque nous embouquons la passe Tumakohua, dans le sud de Fakarava, le courant est légèrement sortant. Mais en raison du vent mou ce n’est vraiment pas grave, et devant nos yeux défile doucement sur tribord l’ancien village de Tetamanu. Seules quelques familles y vivent encore, avec quelques petites pensions et des clubs de plongée. C’est que Fleur de Sel survole en ce moment un superbe terrain de jeu sous-marin, mais pour l’instant il nous faut trouver un mouillage. Pas facile, car du côté du « village » il y a énormément de patates de corail, et de l’autre côté de la passe les fonds sont bien meilleurs mais il serait imprudent de traverser lorsque le courant se met à pulser, vu la petitesse de notre moteur d’annexe. Une fois l’ancre posée dans un coin à peu près sain, et la chaîne soutenue entre deux eaux par des pare-battages, nous rendons visite au voilier voisin en allant arranger quelque chose avec le club de plongée. Finalement il y aura apéro à bord de Muscade ce soir-là et plongée le lendemain.

Pays d’atolls

Pays d’atolls

Quelle différence ! La Polynésie Française a ceci de merveilleux que ses archipels sont remarquablement divers et variés. Si bien qu’en quittant les Marquises et en arrivant aux Tuamotu quatre jours plus tard, on est transporté dans un univers radicalement différent. Ici ce n’est plus le monde de la montagne mais celui de l’eau et la randonnée fait place aux baignades.

Dialogue des Marquises du Nord

Dialogue des Marquises du Nord

[Nicolas] Déjà quatre semaines que nous sommes aux Marquises. Il ne faudrait pas qu’on s’éternise trop !

[Heidi] Oui, mais quatre semaines ce n’est rien si l’on veut un peu découvrir une culture à la fois riche et énigmatique comme celle des Marquisiens.

[N] Evidemment, là il faudrait il y passer des mois, voire des années, et pourtant nous avons aussi d’autres endroits à découvrir plus loin sur la route. De toutes les manières, NukuHivasera de nouveau une grande île, qui plus est avec le siège de l’administration, et l’ambiance sera certainement moins chaleureuse que sur Tahuata ou UaHuka qui étaient plus reculées.

[H] Effectivement, à Taiohae, c’était un peu ça. Une escale « en ville » qui nous permet en plus de faire quelques achats bien nécessaires de temps à autre, surtout quelques légumes et des produits de base (sucre, farine, lait, œufs). Malgré tout, le village n’est pas si désagréable, même s’il s’étire tout en longueur, et les flamboyants sont bien jolis. C’est surtout le mouillage qui était rouleur…

Ua Huka

Ua Huka

La plus célèbre des Iles Marquises du Nord est Nuku Hiva, mais ce n’est pas avec elle que nous avons d’abord rendez-vous. Nous avons choisi de passer d’abord à Ua Huka. Ses mouillages étant très exposés et rudes pour le marin, elle est peu visitée car les navigateurs lui préfèrent souvent d’autres îles où le repos est meilleur. C’est justement cela qui la rend attrayante ! L’île en est plus discrète, et ses habitants plus accueillants, et nous pouvons profiter de quelques jours où la météo est très favorable pour nous y rendre. Alors de Tahuata et Hiva Oa, nous traçons en ligne droite vers Vaipaee, l’un des trois villages de l’île.

Fatu Hiva

Fatu Hiva

Pour les plages de sable blanc, bordées d’eaux turquoise et limpides, ce n’est pas la bonne adresse. A de très rares exceptions près, les Marquises ne sont pas l’archipel typique et mythique des mers du sud. Et pourtant, leur simple nom évoque chez le voyageur, fut-il de salon, un paradis pacifique, que l’on peine pourtant à se représenter – s’imaginant souvent la carte postale précédemment décrite avec une vahiné qui se déhanche lascivement sous un cocotier.

A contre-sens

A contre-sens

C’était un peu présomptueux de vouloir partir à peine à l’eau. Fleur de Sel a retrouvé son élément le vendredi 10 février dans la matinée. Il restait bien évidemment pas mal de choses à faire, petites et moins petites. Nous avions essayé de terminer le maximum auparavant, du moins dans le temps que nous avions entre les couches de peinture. Mais plusieurs choses n’étaient faisables qu’à flot, notamment installer la nouvelle girouette en tête de mât. C’eût été trop risqué à terre. Et puis regréer, les trois voiles, la bôme, tous les cordages qu’on avait rangés pour minimiser la prise au vent en cas de cyclone. Pourtant, Fleur de Sel était prête en soirée, et ce au prix d’un bon coup de soleil, attrapé on ne sait comment entre les averses.

Chaud dessus pour de nouveaux dessous !

Chaud dessus pour de nouveaux dessous !

Cela fait deux semaines et demies que nous avons regagné Tahiti, et toujours aucune nouvelle.

Nous pourrions parler du voyage, qui a duré une petite quarantaine d’heures, dont 11h de vol entre Paris et Los Angeles, 10h d’escale dans la cité des anges, et de nouveau 9h de vol jusqu’à Papeete. Mais nous sommes habitués à voyager longuement et lentement, et tout s’est bien passé, la longue halte intermédiaire nous permettant de nous dégourdir les jambes en allant nous ballader sur le Santa Monica Pier, de respirer un peu d’air frais face au Pacifique, et de passer plus facilement le décalage horaire de 11 heures. Tout s’est bien passé, même concernant nos 80 kilos de bagages (dont beaucoup de matériel pour le bateau), car nous avons eu l’oeil vif et le poil alerte à Los Angeles. Contrairement à ce qui s’était passé à l’aller, nos sacs, pourtant enregistrés directement jusqu’à Papeete, sont ressortis sur le tapis roulant, et il a fallu les passer à la douane américaine avant de les réenregistrer.